22.12.2011

Fraude à tous les étages !

                            tricher.jpg                                                                                                Dans les années 1980, lorsqu'on évoquait la lointaine année 2000 et qu'on faisait des prévisions, je me souviens que personne ne parlait de la Révolution Internet, que l'on n'avait pas vu venir.

De la même façon, lorsqu'on extrapolait sur l'évolution de l'école au fils des décennies, personne ne se doutait à quel point la triche allait devenir monnaie courante et préoccupation permanente des enseignants. (Je pense d'ailleurs que nous ne sommes qu'au début de cette entreprise de fraude généralisée.)

Mais d'ores et déjà, il devient impossible de noter un travail-maison: nos élèves ne songent pas une seule minute à faire ce travail avec leurs propres méninges. Leur première réaction sera toujours  de trouver comment faire exécuter ce travail par autrui, ou comment le trouver sur un site internet.

Pour eux, une note n'est plus le résultat d'une évaluation, qui rend compte d'un niveau à un moment donné de leur apprentissage. Une note est quelque chose que l'on peut obtenir par la débrouille, et peu importe comment, pourvu qu'elle ne fasse pas "baisser la moyenne".

En allemand, s'il y a la moindre ligne à rédiger, on fera appel aux traducteurs Internet, le plus couramment utilisé semblant être le traducteur Google. J'ai fait des essais avec mes élèves de 2°2/3, relativement intéressés par le travail scolaire: je leur ai prouvé à quel point ce traducteur était peu fiable, proposant souvent des traductions absurdes (car communiquées par des particuliers, selon le système Wikipedia), mais rien à faire: ils m'ont dit très clairement qu'ils préféraient recopier des phrases entières pas trop justes que de chercher par mots isolés et se fatiguer à faire le tri.

On met aussi beaucoup à contribution les parents (dernière génération dialectophone, à mon avis), et les grands-parents.  Je m'aperçois tout de suite qu'une grand-mère a travaillé lorsque je trouve le "dass" écrit avec "ß", car les grands-mères ne sont pas informées de la réforme de l'orthographe (et les élèves pas assez dégourdis pour rectifier !)

Les élèves d'abibac sont aussi sollicités, moyennant troc: ainsi un élève de Terminale sest étonné d'une mauvaise note obtenue au seul travail maison donné: "Ben pourquoi je n'ai eu que 3 /10 ?" "Ah, mais parce que c'est trop mal rédigé, sans doute avec un traducteur en ligne."  "Quoi ? La fille ne l'a pas fait elle-même ?"  Maxime a été très étonné du manque de sérieux de la fille par qui il avait faire rédiger son travail en échange d'un devoir-maison en maths !

Comme je suis (pour le moment encore) une brave bête, j'annonce plus ou moins les sujets d'expression écrite, afin que les élèves puissent réunir à l'aide du cours quelques éléments de réponse. Mais ma gentillesse prendra sans doute fin bientôt, car dans le dernier travail de Terminale j'ai trouvé un "texte à trous":  un élève avait appris par coeur un texte rédigé par une grand-mère, et avait oublié quelques mots, dont il pensait sans doute que je les trouverais toute seule.

Citons encore quelques mots trouvés dans une copie de 2° juste avant les vacances: "Chère Mme G, Je n'ai aucune inspiration et ne sais pas quoi écrire. J'espère que vous serez gentille et que vous me mettrez quand même quelques points. Joyeuses fêtes".

Sans doute suis-je trop pessimiste dans ma façon de voir les choses. Je devrais peut-être me réjouir de la débrouillardise de cette jeune génératioon, qui exploite au mieux les nouvelles technologies !

 

 

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