22.06.2011

Dernières heures au lycée

paperasses.jpgAvec ma dernière surveillance, hier, se sont achevées mes heures au lycée pour cette année scolaire. Une année riche en enseignements de tous ordres. Je me sens plus sereine face à mon métier, même si les années à venir ne présagent rien de bon.

Les points négatifs:

-Finies les "niches" du dédoublement: pendant quelques années (5 ou 6, je dirais), les classes de 1ères Terminales bénificiaient de dits "modules": trois heures/ prof pour deux heures élèves, ce qui signifiait deux heures en groupe dédoublé, donc un petit bonheur pour le prof et peut-être aussi pour les élèves. Certes, je reconnais que l'efficacité n'en était pas doublée, mais qui sait si ces petits bonheurs n'ont pas contribué à une meilleure ambiance et à un meilleur esprit ?

-La sectorisation: pour tenter d'envoyer plus d'élèves du bac général au lycée Heinrich  (lycée loin du centre-ville, guère attractif pour nos jeunes) on a décidé que le collège Kleber et celui de Schweighouse seraient automatiquement affectés à la route de Strasbourg. Pour notre lycée, c'est une déperdition de bons élèves. Cependant l'effet lycée fait qu'un mauvais éléve de collège sera néanmoins plus gérable que n'importe quel élève de collège ! Espérons que cet effet d'homogénéisation continuera à jouer.

-L'accompagnement personnalisé: sous prétexte d'égalité sociale, encore une réforme floue et probablement sans impact réel sur les connaissances des jeunes. Elle exige des efforts d'organisation et d'imagination pour les profs, et l'on peut craindre que bientôt ce système obligera les profs à se transformer en camelots pour vendre leur marchandise pédagogique "Approchez approchez, ici le film "die Welle", mieux que le film d'en face"...

Les points positifs:

-L'équipement informatique: chaque salle étant équipée d'un videoprojecteur et les ordinateurs fonctionnant en réseau, on peut taper en salle de travail un document à 14 heures, l'enregistrer et en disposer à 14h30 dans toutes les salles du lycée sous "Mes documents".

-La bonne humeur: peu de gens grincheux dans ce lycée, globalement une grande bienveillance et une exquise politesse. Si l'on va au fond des choses, c'est probablement une bienveillance de surface (... lorsqu'on se trouve seule à ue table de cantine, la bienveillance montre vite ses limites !), mais cela facilite les choses.

-L'aspect architectural: les bâtiments sont clairs, les salles de classe grandes et aérées, propres et pratiques, sauf par forte chaleur: cela contribue sans doute au climat général dans lequel il devient impensable de circuler en jogging.

-Les élèves: ceux qui arrivent au lycée sont bien sûr ceux qui sont conformes à un certain "moule scolaire", c'est évident. Rares sont les élèves en conflit ouvert avec ce système. De ce fait, nous avons en face de nous une majorité d'élèves désireux d'apprendre et souvent des regards ouverts et intelligents. Parfois, même en allemand, de très bonnes copies, bien écrites, bien argumentées, qui mettent du baume à notre coeur de pédagogue. Et ça, j'en rêvais !

-Enfin et surtout: ils sont grands, parfois majeurs, et lorsqu'ils sont en échec cela me touche moins fort qu'au collège. Je ne pouvais plus supporter de voir tous ces enfants dépassés dès le début de la sixième, et pour lesquels on ne pouvait rien faire, même pas leur apprendre à lire, parce qu'aucune structure ne le prévoit et qu'à 30 par classe, on ne PEUT RIEN FAIRE pour celui qui est perdu. Bien sûr, certains de mes élèves de seconde (4 sur les deux classes = 56 élèves) ont été obligés de se "réorienter" vers une voie professionnelle, mais ne c'est pas le même crève-coeur qu'un pauvre petit 6ème que l'on sait perdu et devant aller ainsi jusqu'en 3ème !

Pour le moment, je ne sais si je continue à raconter ma vie de prof, qui est devenue moins racontable, mais heureusement plus sereine. Je risque fort de récidiver. L'adresse du nouveau blog, s'il se fait, se trouvera ici même début septembre.

Merci à mes lecteurs fidèles.  Bonnes vacances aux enseignants, les plus nombreux.

 

17.06.2011

Sous les reformes, la révolte

Culture-Bilinguisme-franz-72-dpi.jpgQuelques explications pour ceux qui liraient ce blog sans connaître les arcanes de la section bilingue telle qu'elle existe dans notre ville depuis dix ans.

Il y a un peu plus de dix ans, donc, on a créé en Alsace des sections bilingues dites paritaires à l'école primaire: deux instituteurs, l'un enseignant uniquement en français, l'autre uniquement en allemand, se sont partagé le travail et ce dès la maternelle. Résultat: des jeunes élèves comprenant parfaitement les deux langues, sachant s'exprimer assez correctement en allemand à l'oral, un peu moins bien à l'écrit (logique, c'est plus difficile).

Le parcours s'est poursuivi ensuite au collège, de façon un peu moins paritaire: au collège Foch nous étions arrivés à un maximum d'heures en allemand: 4 heures d'allemand, 1 heure de "langue et culture régionale" (je ne dirai rien de cette imposture), 2 heures d'histoire/géo en allemand, 2h de maths en allemand, 1 h de musique, 1h d'Arts plastiques = 11 heures. Bien sûr, le déficit est manifeste face au français (minimum 16 heures), mais c'est nénamoins acceptable.

Une bonne moitié de ces élèves est entrée ensuite en section abi-bac au lycée et un pourcentage honorable (non connu de moi) en est sorti avec un abi-bac.

Ajoutons que ceux qui ne sont pas allés au lycée ont pu en général valoriser leur bonne connaisasnce de l'allemand dans leur milieu professionnel, quel qu'il soit.

Socialement parlant, qui s'est montré intéressé par ces sections ? Beaucoup de profs, bien sûr (à ma grande honte, pas moi), et globalement des gens investis dans les études de leurs enfants. Donc, effectivement, peu d'enfants de la 3ème génération d'immigrés dans ces classes. Mais on fait un faux procès aux classes bilingues en insinuant qu'elles n'ont recruté que des enfants de milieux favorisés ! Il y a dans ces classes beaucoup d'enfants de la classe dites moyenne, dont les parents ou grands-parents ont investi dans l'allemand pour diverses raisons.

Voilà donc que tout cela est remis en question par on ne sait qui, en fin de compte. (Une rectrice qui veut à tout prix réaliser des économies ?)

Au lieu de la parité du primaire, on veut mettre juste 8 heures en allemand. Et surtout, ce qui me paraît le noeud du problème, ce serait le même prof (instit') qui enseignerait dans les deux langues. Or, cela a été étudié et prouvé, le bilinguisme ne fonctionne de façon optimale qu'avec le principe "une personne, une langue". On aura beau faire toutes les contorsions que l'on voudra, tout le reste est foutaises et langue de bois.

Et quelle serait la raison de cette réforme ? Attirer davantage d'enfants de couches sociales moins favorisées ! Je n'y crois pas un seul instant ! L'étude de l'allemand est un sujet délicat, en Alsace plus qu'ailleurs. Les familles motivées par ce choix sont, par la force des choses et de l'histoire de cette région, des gens généralement ancrés ici. C'est ainsi. Le nier serait stupide !

Il est évident pour tout observateur lucide que la vraie raison est budgétaire. Pourquoi ne pas le dire ? Pourquoi ne pas dire tout simplement que ces sections coûtent plus cher à l'état ? Certes, beaucuoup de ces classes fonctionnent avec des effectifs plus légers que les autres... Pas à Haguenau, toutefois, où les classes sont de 30 et plus, au collège comme au lycée. Est-ce si scandaleux ? Est-il si insupportable que pour une fois on favorise l'apprentissage correct et intelligent d'une langue ?

Tout cela me révolte ! (La seule chose positive est que ma capacité de révolte existe toujours !)

15.06.2011

Je veux être un bon soldat !

brave soldat.jpgEn 33 ans d'enseignement, j'en ai vu passer, des réformes ! Au début, j'ai cru réellement que ces réformes allaient dans le bon sens, que des gens intelligents et forcément plus doués que moi avaient réfléchi et que l'on pouvait se fier à leurs conclusions.

Puis, j'y ai moins cru, mais quand même suivi scrupuleusement les consignes en m'impliquant au mieux. Je crois que c'est à partir des IDD que je n'ai plus cru à rien. Les IDD, c'était ces fameux "Itinéraires de découverte" qui devaient associer plusieurs matières, plusieurs intervenants et, en passionnant les élèves, les amener à aimer l'école. Depuis les IDD, je fais comme beaucoup: je fais le dos rond et j'attends que ça passe. Ça finit toujours par passer. Les IDD n'ont duré que trois ans, sauf dans quelques rares endroits (Ne pas penser aux heures de réunion inutiles que cela a généré !)

La très fameuse réforme du lycée -dont on semble dire qu'elle satisfait tout le monde- est basée sur l'Accompagnement Personnalisé". C'est l'une des idées de Sarkozy, évoquée lors de sa campagne électorale de 2007: les profs donneront des cours en petits groupes (voire particuliers) et ainsi les parents n'auront plus à payer à leur progéniture des cours très chers chez Acadomia ou autre.

Sur le papier, ça a l'air super: justice sociale, école égalitaire, et bla bla bien-pensant. Dans les faits, c'est surtout du bricolage, du moins la première année. Chacun fait un truc dans son coin, parfois ce n'est pas si mal, mais les élèves ont-ils réellement été aidés. Ont-ils mieux compris les maths, le français, l'allemand ?

N'est-ce pas avant tout de la poudre aux yeux des parents ? De la poudre aux yeux de tous ceux qui ne veulent pas voir ? De la poudre jetée pour que l'on ne voie pas la réalité: le nombre d'heures d'enseignement baisse dans de nombreuses disciplines. Ce qui reste ne forme dans les jeunes têtes souvent qu'un gloubi-boulga dont on s'accommode en essayant d'avoir de bonnes notes par n'importe quel moyen.

Malgré tout, je vais tenter de faire le brave petit soldat et je vais m'impliquer un minimum dans l'AP, en faisant semblant de croire que les élèves progresseront ainsi... alors que je sais que sans évaluation notée, ils ne feront pas grand chose.

Sinon, il reste les vacances, hein ! On nous l'a déjà suggéré: metrre les jeunes "en immersion" pendant quelques jours pris sur les vacances. On travaille à nous faire accepter ça. Nul doute que ce sera la prochaine étape.